Melusine

MELUSINE

Il était une fois une petite souris, vraiment toute petite, pas parce qu’elle venait de naître… oh non !… juste, parce qu’elle ne grandissait pas aussi vite que les autres et peut-être aussi, parce qu’au fond d’elle, elle n’avait pas envie de grandir…

Elle est née, il y a déjà 4 ans. Elle a un frère, une sœur plus grande, une maman, un papa comme toutes les petites souris.

Sa maman l’aime beaucoup. Elle aime aussi ses autres enfants, mais celle-ci, comme elle est petite, elle a toujours envie de la protéger et fait plus attention à elle.

mignon-souris-dessin-animé-onduler-clipart-vecteur_csp18903357Souvent, on entend la maman dire à ses autres enfants :

– Faites attention à Mélusine, elle est si petite…

Ou encore :

– Vous avez à nouveau fait pleurer Mélusine…

Et comme on peut s’en douter, les grands n’ont aucune envie de jouer avec leur petite sœur. La relation de Mélusine avec sa maman leur amène trop de problèmes.

Mélusine, quant à elle, se sent en sécurité tout près de sa maman qu’elle n’a encore jamais quittée. Elle refuse de sortir de chez elle pour aller jouer avec d’autres amis, elle se trouve trop petite et surtout, elle a peur, un peu de tout.

Pourtant, un jour, elle apprend qu’elle doit commencer l’école des souris. Le facteur est arrivé avec une lettre et toute la famille a dit :

– C’est pour Mélusine ! C’est surement une lettre de son maître, l’école commence bientôt.

Et c’est bien cela !

Qu’est-ce que l’école ? se demande Mélusine.

Elle a bien entendu que son frère et sa sœur y vont régulièrement, mais quand elle demandait ce que c’était à sa maman, celle-ci, jusqu’à présent, lui répondait :

– Tu as le temps de le savoir, tu es encore toute petite. 

Ce qu’elle sait vraiment, c’est qu’ils y vont sans leur maman.

Mais pour elle, ce sera certainement différent. Elle en est sûre, sa maman ira avec elle. Elle n’imagine pas comment cela pourrait se faire autrement.

Pourtant, quand elle pose la question à sa maman, elle entend :

– Ce n’est pas possible Mélusine ! L’école n’est faite que pour les enfants souris, tu deviens grande à présent. 

Je deviens grande ? se dit Mélusine. C’est bien la première fois qu’elle entend cela de la bouche de sa maman. Et puis grande, ça veut dire quoi ?

Quitter sa maman ? Ah non, ça jamais !

Sa maman est aussi très malheureuse de cette situation. Elle sait bien, au fond d’elle, qu’elle aurait dû préparer sa petite souris à la quitter, mais elle avait tellement de plaisir avec sa « petite Mélusine », qu’elle n’avait pas envie de la voir grandir.

Lundi arriva.

Maman lui prépare un petit sac avec un bout de fromage pour la récréation. Elle prend Mélusine par la patte et se met en route.

Sur le chemin de l’école, elles rencontrent d’autres mamans avec d’autres petites souris. Les mamans parlent entre elles et les petites souris se racontent des histoires de souris…

Mélusine reste cachée derrière sa maman. Elle ne veut ni voir, ni parler à qui que ce soit. Elle n’a qu’une envie, rentrer à la maison et se retrouver en sécurité.

Gentiment, on arrive à l’école. Le maître souris attend ses élèves.

– Bonjour  dit-il d’une voix toute chaleureuse.

Il aime beaucoup son travail et il est heureux d’accueillir les nouveaux éléves. Il se réjouit de leur enseigner des choses essentielles pour leur vie de souris.

– Entrez et installez-vous. 

Mélusine a promis à sa maman de ne pas pleurer. Elle s’installe tout au fond de la classe. Elle a le cœur très lourd ; et il devient encore plus lourd lorsqu’elle voit sa maman passer le pas de la porte, mais elle a promis…

Le maître commence par leur demander leur nom. Quand vient le tour de Mélusine, le maître et les autres élèves l’entendent à peine, tellement Mélusine se fait petite et n’a aucune envie de participer.

A la récréation, elle se réfugie dans un coin de la cour…Elle ne veut parler à personne.

La première semaine passe ainsi. Les autres petites souris ont essayé de lui parler, de lui demander de participer aux jeux, mais comme Mélusine ne répond jamais, elles ont abandonné. Elles trouvent dommage, ne comprennent pas vraiment son attitude, mais elles ont accepté son besoin d’être seule et la laissent tranquille.

Pour Mélusine, les journées sont très longues et très ennuyeuses.

Quand elle regarde les autres, elle les voit s’amuser, rigoler, elles ont l’air d’avoir du plaisir à être ensemble.

A la récré, les souriceaux jouent souvent au fromage. Un jeu de souris, où l’on se lance un fromage au lieu d’un ballon.

Ce jour-là, Virgule ne l’attrape pas et le fromage glisse sous la palissade de la cour.

Chacun essaye à tour de rôle de l’attraper, mais aucun ne peut passer sous la barrière ! Ils sont trop grands.

C’est alors que l’un d’eux s’écrie :

– Allons demander à Mélusine !

– Quoi à Mélusine ! Oh la la, mais c’est inutile ! Jamais elle voudra, elle reste toujours toute seule et elle nous parle jamais. 

– J’essaye quand même, dit Virgule, en s’approchant résolument de Mélusine.

Lorsqu’elle voit Virgule s’approcher, elle se fait encore plus petite et se recroqueville encore plus dans son coin, mais elle entend :

– Mélusine, on a besoin de toi.

Besoin de moi? Là, elle commence à tendre l’oreille, serait-ce possible !

– Le fromage est tombé derrière la barrière, continue Virgule. On a tous essayé, personne n’est assez petit pour aller le chercher. Toi seule peux y arriver. 

Mélusine réfléchit. Allait-elle laisser les autres sans leur jeu favori ?

Si elle faisait un effort, juste un petit effort, pour aller chercher ce fromage ? Après elle reviendra dans son coin…

Après un long silence, elle répond d’une toute petite voix :

– Je vais aller le chercher.

Quel étonnement pour tous les autres quand ils voient Virgule revenir, accompagné de Mélusine.

Celle-ci se dépêche, se glisse sous la palissade, ce qui est très facile pour elle, et ramène ce fameux fromage.

Mais lorsqu’elle arrive, quelle surprise ! Elle est applaudie, et entend crier à tue-tête :

– Merci Mélusine…

Et Virgule d’ajouter :

_ Reste jouer avec nous, Mélusine.

Notre petite souris ne sait plus que faire.

Continuer à être malheureuse toute seule dans son coin ou accepter l’invitation des autres ?

Elle sait qu’elle seule peut faire ce pas, qu’elle hésite à faire, depuis quelques temps d’ailleurs.

Personne ne pourra le faire à sa place.

Elle a compris également qu’elle ne pourra jamais avoir sa maman avec elle à l’école, même si elle reste très malheureuse.

Aujourd’hui, grâce au fromage, la porte est grande ouverte. La vie lui offre la possibilité de sortir plus facilement de sa solitude et de son ennui.

Mélusine a choisi. Elle a rejoint le clan des grands. Elle a même beaucoup de plaisir, on l’entend rigoler, crier et même….

Elle a grandi…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *